

La démarche d’observation de la Mission Bassin Minier est née de la volonté de comprendre comment évoluait ce territoire d’un point de vue économique, social et démographique.
Longtemps les travaux d’observation se sont heurtés à la géographie particulière du bassin minier, héritage de l’exploitation charbonnière, qui ne correspondait à aucune entité politico-administrative (re)connue.
Dès lors qu’ils n’étaient pas portés par un organisme de rang supérieur, tel que l’Observatoire Régional de l’Habitat et de l’Aménagement (ORHA), ces travaux ne permettaient pas d’appréhender la totalité du territoire. Cette absence de vision transversale était également le reflet d’un état d’esprit général qui considérait que le bassin minier n’existait plus depuis la fermeture du dernier puits de mine en 1990. Or, la réalité de ce territoire est bien plus complexe et ne peut faire abstraction de son histoire industrielle et sociale.
Si aujourd’hui le bassin minier est constitué de territoires aux dynamiques de développement parfois très différentes, ceux-ci présentent encore aujourd’hui des caractéristiques communes qui font du bassin minier un territoire spécifique au sein de la région Nord – Pas-de-Calais.
Les travaux d'observation de la Mission Bassin Minier se veulent être des outils non seulement de connaissance pour l’ensemble des acteurs intervenant dans le bassin minier, mais aussi des outils d’aide à la décision pour alimenter les stratégies des élus de ce territoire et leurs partenaires institutionnels.
En 2005, l’INSEE Nord – Pas-de-Calais associe la Mission Bassin Minier à son étude de territorialisation des phénomènes de pauvreté en Nord – Pas-de-Calais. Le bassin minier y apparait alors comme l’un des territoires au sein de la région où la population est confrontée aux plus graves questions de pauvreté. Sur la base de ce constat, l’enjeu de l’observation sociodémographique s’impose comme une évidence à la Mission Bassin Minier. Certes, ce territoire se développe mais une partie de sa population se précarise, tirant ses ressources pour vivre des seules prestations sociales. Avec elle, se pose la question de la mixité sociale et de l’accès au logement. L’évolution du peuplement des cités minières, lié au remplacement des ayants droit des mines par des locataires plus fragiles sur le plan socio-économique, illustre parfaitement le creusement des inégalités sociales qui affectent ce territoire.
cité des agaches Fenain
Dans la continuité des travaux menés avec l’INSEE, la Mission Bassin Minier s’est fixée pour objectif de caractériser les situations de pauvreté observées dans le bassin minier et d’en mesurer l’acuité. Ces travaux sont menés sur la base des minima sociaux versés par les Caisses d’Allocations Familiales jusqu’en 2009 (Revenu Minimum d’Insertion – Allocation Parent Isolé – Allocation Adulte Handicapé) ainsi que par la Caisse Régionale d’Assurance Maladie Nord – Picardie (Minimum Vieillesse).
Il faut relier ce dernier point à une question majeure pour l’avenir du bassin minier à échéance de 15 ans ; quelles seront les caractéristiques des retraités du régime général qui succèderont aux ayants droit des mines ? (cf. développement territorial)
Le bassin minier se situe à une étape charnière de son histoire ; progressivement les ayants droit disparaissent, et leur régime de retraite avec eux, pour laisser place aux retraités affiliés au régime général. Or, la population des retraités est loin d’être homogène. Elle est en effet confrontée à des inégalités économiques et sociales bien souvent établies au cours de la vie active des cotisants et qui se renforcent avec l’âge. Les ayants droit des mines jouent aujourd’hui encore un rôle non négligeable dans l’économie du bassin minier par l’argent qu’ils y injectent. Qu’en sera-t-il demain avec les allocataires du régime général ?
Le bassin minier constitue évidemment le cœur de cible des investigations de la Mission Bassin Minier. Toutefois, afin de caractériser la situation de ce territoire et d’en identifier les spécificités, le périmètre d’étude est élargi aux territoires limitrophes. Peu ou proue se dessinent les contours de l’Aire Métropolitaine de Lille (versant français), échelle de réflexion de la Mission Bassin Minier.
Spécificité du bassin minier ; la présence de l’ordre de 70 000 logements dits « d’entreprise » à l’époque de l’exploitation charbonnière, qui sont en voie de « banalisation » aujourd’hui. C'est-à-dire qu’ils passent progressivement du statut de logements d’entreprise, occupés par d’anciens mineurs ou leurs ayants droit, à celui de parc locatif classique.
Si le logement minier a marqué une étape importante dans l’histoire du logement social en France au début du 20ème siècle - les compagnies minières ont été les précurseurs dans le logement ouvrier - le devenir de ce parc constitue aujourd’hui un enjeu évident en termes de cohésion sociale pour ce territoire. La Mission Bassin Minier s’est intéressée à l’évolution sociale de ce parc en cherchant à caractériser les mécanismes de renouvellement de la population (disparition progressive des ayants droit et remplacement par des locataires) et les risques éventuellement liés à ces processus, notamment du point de vue de la paupérisation et du vieillissement de la population. Si ceux-ci sont bien réels, et indiscutablement reconnus aujourd’hui, ils affectent de manière très différente les territoires du bassin minier.
Le vieillissement de la population minière est plus avancé dans les secteurs où les fermetures des puits ont été les plus précoces et le peuplement du parc y est donc profondément renouvelé. L’accueil de populations (très) fragiles sur le plan socio-économique est accentué sur les territoires où la place du parc minier au sein des marchés de l’habitat est marginalisée…
Or, la poursuite de la tendance actuelle en ce qui concerne le peuplement des cités pourrait amener un développement important des lieux de relégation sociale dans le parc minier, voire entraîner ce parc vers une « spécialisation » dans l’accueil de populations en difficulté sur certains territoires.
La démarche que mène la Mission sur le parc minier a pour objectif d’accompagner les EPCI, qui exercent généralement la compétence déléguée des aides à la pierre, dans la définition de politiques de peuplement du logement social inter bailleurs (intégrant le patrimoine minier).
Depuis ces trente dernières années, le bassin minier enregistre une baisse constante de sa population.
En 2006, le territoire minier comptait de l’ordre de 1 200 000 habitants, soit 50 000 de moins qu’au recensement de 1975. Loin d’être uniforme, cette évolution présente de fortes variations infra territoriales. Les communes du cœur du bassin, aux caractéristiques industrielles (encore) marquées, poursuivent leur chute démographique - même si celle-ci a tendance à ralentir sur la période récente - tandis qu’aux franges du territoire les communes, généralement de plus petite taille, bénéficient d’une attractivité résidentielle nouvelle pour se développer.
Ce dynamisme démographique semble également profiter aux villes centres du bassin minier qui ont réussi à stabiliser leur population, voire à enregistrer une croissance démographique soutenue pour les plus dynamiques. L’exploitation des données du recensement doit permettre d’affiner ces premières observations, notamment du point de vue des migrations résidentielles et migrations alternantes (cf. développement territorial).
Rôle de la MBM
Outil d’analyse, de sensibilisation, d’aide à la décision, voire d’interpellation, la Mission Bassin Minier est avant tout un lieu de débats, d’échanges, de confrontation parfois, sur les grands enjeux du bassin minier. Au centre de sa méthodologie de travail :
Qu’elle soit à l’initiative des études menées dans le cadre de son chantier « Observation – Prospective » ou qu’elle contribue aux réflexions engagées par des tiers, elle a pour vocation d’enrichir la connaissance des acteurs politiques et techniques sur les phénomènes socio-économiques observés au niveau de ce territoire. Bénéficiant d’une indépendance et d’un savoir-faire reconnus dans l’appréhension et l’analyse de ces phénomènes, la Mission Bassin Minier est devenue aujourd’hui un acteur de premier ordre dans le domaine de l’observation à l’échelle du bassin minier.
Partenaires
Contacts
Vincent Froger
Directeur d’études observation – prospective
vfroger(at)missionbassinminier(dot)org
Laurent Duquenne
Chargé de mission études socio-économiques
lduquenne(at)missionbassinminier(dot)org
Sarah Bambou
Chargée de mission études socio-économiques
sbambou(at)missionbassinminier(dot)org
Tel : 33+ (0) 321 08 72 72